FILHA : après les élections, Port-au-Prince va souffler un peu avec le livre

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Une affiche de la DNL annonçant la FILHA

Dans la rue, l’on commence sérieusement à voir la tête de l’écrivain un peu partout. Gary Victor n’est pas candidat. Attention ! Ce sont des affiches réalisées par la Direction nationale du livre (DNL) pour annoncer la tenue pour bientôt de la 4e édition de la Foire internationale du livre d’Haïti (FILHA). En effet, du 9 au 11 décembre 2016, Haïti accueillera une pléiade d’écrivains haïtiens et étrangers autour d’un thème “Je lis, je grandis”, avec Gary Victor comme Invité d’honneur. Il sera accompagné de l’éditeur Philippe Rey. Entretien avec Gary Victor autour de la foire et de ses nouveaux livres.

Le National : Qu’est-ce que la FILHA aujourd’hui, après trois premières éditions ?

Gary Victor : La FILHA est la première tentative intéressante de la Direction nationale du Livre, avec l’appui du ministère de la Culture, d’organiser une grande activité littéraire devant, en priorité, attirer un public jeune, et en particulier scolaire. Cela a été (il faut lui rendre hommage) une idée de Frantz Carly, l’actuel directeur de la DNL, qui a montré un grand dynamisme et une grande ouverture d’esprit à ce poste. La FILHA a permis d’emmener des écrivains étrangers de renom en Haïti et le public haïtien a pu ainsi les rencontrer et discuter avec eux. L’année dernière, notre grande dame de la littérature, Yanick Lahens, était l’invitée d’honneur et son éditeur avait fait le voyage pour participer à l’activité. Donc pour moi, la FILHA est un lieu d’échanges et de convivialité. Avec Livres en Folie, ce sont les deux moments forts de la vie littéraire en Haïti. J’espère seulement que les CLAC (centres de lecture et d’animation culturelle) participeront pleinement à l’activité. Nous espérons aussi que ces politiciens qui nous pourrissent la vie nous laissent ce moment pour parler esprit, beauté, espoir.

L.N. : Avec un thème “Je lis, je grandis”, quel message, selon vous, veut donc nous apporter cette 4e édition ?

G.V. : Quand on lit, on apprend. Quand on lit, on découvre. Quand on lit, on partage. Quand on lit, on a plus de moyens en main pour ne pas se laisser manipuler. Alors forcément on grandit. On devient autonome. On est capable d’avoir une réflexion personnelle. De l’imagination. De l’audace. Des idées. C’est ce qu’il nous faut en ce moment et qui nous manque cruellement

L.N. : Vous serez présent avec de nouvelles publications ? Quel Gary Victor retrouveront vos lecteurs ?

G.V. : Je suis fier de présenter, avec L’Association des Professeurs de Français et C3 Editions qui nous a accompagnés grâce à la générosité et à la grande vision de son PDG Fred Brutus, le recueil de nouvelles de la troisième édition du concours national scolaire de nouvelles. Plus d’un millier de jeunes avaient participé à ce concours sur tout le territoire national. Dix jeunes avaient été primés. On pourra découvrir leurs oeuvres dans ce super recueil. Nul doute que les jeunes vont s’offrir cet ouvrage. Une manière de dire qu’il y a de la place en Haïti pour l’excellence, la saine compétitivité, l’imagination, l’audace. À La FILHA on parlera aussi du quatrième concours national scolaire de nouvelles dont j’ai fourni l’incipit. Dany Laferrière, Lyonel Trouillot et Kettly Mars avaient écrit les précédents. Nous attendons encore tous ceux qui veulent sponsoriser cette activité qui est en train de devenir la plus grande manifestation créatrice en Haïti.

L.N. : Cette année, vous serez accompagné de Philippe Rey, votre éditeur. Parlez-nous de vos collaborations ?

G.V. : Je serai à ma troisième publication avec Philippe Rey. Cela a été une collaboration fructueuse qui m’a amené à explorer des univers personnels parfois douloureux, désaxés, déviants même. C’est un éditeur d’une finesse extraordinaire et qui ne fait pas de cadeau quand il s’agit de la qualité d’une oeuvre. Pour moi, avec lui, cela a été une expérience extraordinaire qui m’a permis d’aller plus loin dans mon processus de création. Mes lecteurs seront assez étonnés de mon nouvel ouvrage qui sort en février : Les temps de la cruauté.

L.N. : À quelle ère sommes-nous de la littérature haïtienne ? Quel est votre constat ?

G.V. : La littérature haïtienne devient de plus en plus arc-en-ciel. Elle n’est plus l’apanage de cercles fermés qui imposaient ses diktats littéraires et politiques. L’Haïtien écrit en français, en créole, en anglais, en espagnol. C’est la même âme. Le même vécu. Beaucoup de jeunes auteurs en herbe veulent s’affirmer. Le seul problème, ce sont ces gens qui semblent avoir réussi vite, trop vite, grâce à la maffia de la politique. Alors certains jeunes pensent qu’en littérature c’est pareil. On peut arriver très vite grâce au compagnonnage et même à la corruption. Mais en matière d’art, l’imposture ne dure pas. Alors à vos plumes. À vos pages. Au travail.


Propos recueillis par : Jean Emmanuel Jacquet (Le National)