Bèbè Gòlgota ou la radiographie d’une société en quête d’identité

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Pierre Michel Chéry, auteur du roman Bèbè Golgota


Dans le cadre de la 4e édition de la Foire internationale du livre, la Direction nationale du livre, organisateur de l’événement a présenté une causerie autour du roman Bèbè Golgota, au local de l’institution dans la matinée du mardi 6 décembre 2016. Les deux intervenants, Anivince Jean Baptiste, et Illéus Papillon, ont présenté Bèbè Golgota, un roman de Pierre Michel Chéry. Les panélistes ont montré que l’on peut également produire une réflexion littéraire, philosophique et scientifique en créole.

Publiée tout d’abord par les Presses nationales d’Haïti en 2008, l’œuvre romanesque de Pierre Michel Chéry a été analysée et commentée à la Direction nationale du livre. Une succincte biographie de Pierre Michel Chéry, membre de l’Akademi kreyòl Ayisyen, a permis de comprendre que l’auteur travaille inlassablement à la promotion de la langue créole. Après avoir publié notamment Eritye Vilokan et Senfoni Nago, les intervenants ont montré que Pierre Michel Chéry, académicien et auteur de récits en créole, est un défenseur de la culture haïtienne. Le poète Illéus Papillon a expliqué la trame de ce roman. Il a permis au public de suivre l’itinéraire d’un jeune Haïtien qui a pris le chemin de la mer pour se rendre aux États- Unis d’Amérique en quête d’une vie meilleure.

En laissant derrière lui la misère et ses avatars qui s’installent en Haïti, il s’est mis à nourrir des rêves cachés dans son coeur. Il aspirait à un mieux-être. Mais sur une mer démontée et agitée, ses espoirs allaient se noyer au fond de l’océan. Il ne sera pas jeté à la mer comme tant d’autres Haïtiens qui s’aventuraient sur de frêles esquifs. Ses compagnons d’infortune, durant toute la traversée, le prenaient pour un homme muet. Les membres de l’équipage cherchaient à connaitre son identité. Personne ne savait vraiment qui il était. Et personne n’a voulu l’approcher à cause de sa corpulence. Le héros, pince — sans — rire, est resté de marbre. Un silence pesant et lourd, tel un couvercle, a empli toute son existence. Mais les péripéties que le héros de ce roman et les autres protagonistes ont endurées durant toute la traversée, leur interception par les gardes-côtes américaines, les peines, les déceptions qu’ils ont endurées dans une prison sur la terre de l’oncle Sam jusqu’à leur retour en Haïti, terre de toutes les misères, ont permis de comprendre l’engagement de l’auteur.

Jean-Baptiste Anivince, membre du Regwoupman Ekriven Kreyol, a fait une approche anthropologique du roman. Pour le poète, Rigal Garyl, le nom du héros enfin dévoilé, symbolise le peuple haïtien qui perd ses repères et qui est à la recherche de son identité. Anivince a fait savoir que les Haïtiens se perdent dans un tourbillon d’acculturation et d’aliénation. BèbèGolgota a fait selon les panélistes une radiographie de la société haïtienne qui ne propose aucune alternative pour résoudre les problèmes socio-économiques dont sont victimes des millions d’Haïtiens croupissant dans la misère la plus abjecte. Cette oeuvre a montré, une nouvelle fois, la volonté des Haïtiens qui sont à la recherche du bienêtre tout en posant un regard sur la question des « boat people ».


Par : Schultz Laurent Junior (Le National)