Gary Victor, aux côtés de son éditeur français Philippe Rey

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Le prolifique Gary Victor et son éditeur Philippe Rey, l'un des invités spéciaux de la foire

Le Nouvelliste (L.N.) : Vous avez été à l’honneur à Livres en folie et que de fois à Livres en liberté. Cette année, vous êtes en tête d’affiche à la Foire internationale du livre d’Haïti (FILHA). Avec quel esprit Gary Victor accueille-t-il autant d’honneur ?

Gary Victor (G.V.) : Avec fierté. Surtout que j’ai, dès le début, encouragé la Direction nationale du livre dans sa démarche. J’ai donc au départ participé à l’aventure comme avec Livres en folie. Travailler à rendre accessibles la culture, la littérature au plus grand nombre est une mission que je me suis fixée.

L.N. : Quoi de neuf pour cette 4e édition ?

G.V. : Le grand rabais de 60% sur les titres offerts. Près de 1500 selon la Direction nationale du livre. 4000 coupons rabais en plus de ces 60% pour les scolaires qui sont le public cible de la foire bien que le grand public est attendu également. La FILHA reçoit aussi Les éditions Philippe Rey en la personne de l’éditeur lui-même, Philippe Rey. Philippe Rey sera présent au Palais municipal et visitera le Collège Saint-Louis de Bourdon, réputé pour ses activités dans le domaine littéraire. Philippe Rey sera vendredi soir à 19 h à l’Institut français où il parlera de la mission de l’éditeur. C’est une occasion pour tous ceux qui sont intéressés par la question de questionner un professionnel de ce calibre.

L.N. : Nous allons demander à un auteur de faire un exercice difficile. À un jeune qui n’a pas encore lu Gary Victor, par quel livre vous lui conseilleriez de commencer l’aventure?

G.V. : Question en effet difficile. Cela dépendra du jeune, de son niveau. J’hésiterais entre Le revenant, Dossiers interdits, Le diable dans un thé à la citronnelle ou La piste des Sortilèges. À part Le Revenant et Dossiers interdits que j’ai créés pour Ticket Magazine, et Djamina pour le P’tit Nouvelliste, tous mes autres romans sont pour un public général, de préférence adulte. Je suis pourtant étonné de découvrir souvent comment les jeunes apprécient des romans comme À l’angle des rues parallèles ou Le sang et la mer avec sa suite Hérodiane.

L.N. : On reproche à l’auteur de « Soro » d’être trop prolifique. Autrement dit, vous écrivez des livres à grande vitesse. Que répondez-vous à ces détracteurs ?

G.V. : On a dit aussi que j’ai trop d’imagination. Si je cesse d’écrire maintenant, dira-t-on dans dix ans que je suis trop prolifique ? Mes éditeurs seraient assez perplexes si on leur disait que j’écris mes livres à grande vitesse. J’ai pris quatre ans pour penser et écrire la Piste des sortilèges. Deux à trois ans pour Le sang et la mer première partie, un an et demi pour Hérodiane. Chaque auteur a sa manière de travailler. Je commence à écrire mes romans dans ma tête. Je peux passer plusieurs années à penser un roman et cela me prend des mois pour le mettre sur papier et le finaliser. Au minimum six mois. Pour terminer, je dirais que ce n’est ni écrire de nombreux romans ni écrire un roman tous les dix ans qui fait la valeur d’un auteur. Certains font de leur difficulté, leur manque de talent, une qualité. Ce n’est pas honnête. Je profite pour annoncer que mon prochain roman édité par Philippe Rey sort début février à Paris. Pour l’instant, je suis encore très « prolifique ».

L.N. : Dans l’univers romanesque de Gary Victor, la face sombre du vaudou revient comme un leitmotiv. Nuit Albinos, Le diable dans un thé à la citronnelle, Treize nouvelles vaudou… les livres jeunesse, n’en parlons pas. Qu’est-ce qui explique cet attachement à décrire avec autant de verve ce côté noir de la culture haïtienne ?

G.V. : Il n’y a pas de vaudou dans Nuit Albinos. Il y a notre imaginaire tout simplement avec ses différentes composantes. Le diable dans un thé à la citronnelle joue sur des thématiques universelles. Treize nouvelles vaudou sont aussi des nouvelles avec les thèmes généraux qu’on retrouve dans la littérature fantastique quel que soit le lieu. C’est le décor qui change souvent; et mon décor, c’est mon lieu. J’aime le fantastique, l’insolite, parfois le merveilleux. Étant Haïtien, je plonge dans ma mythologie comme les Anglo-saxons l’ont fait pour produire le Seigneur des anneaux, les Contes de Grimm etc…. Dès qu’on est dans le fantastique, on est souvent dans le noir, le glauque.

L.N. : La jeunesse de Gary Victor est présente dans Maudite éducation. D’aucuns pensent que Gary est allé très loin. Une forme de mise à nu.

G.V. : C’est une fiction biographique qui m’a donné beaucoup de mal pour l’écrire. Je suis allé en effet très loin dans l’exploration de la mémoire de mon personnage, de moi peut-être. Dans toute écriture sincère, il y a toujours une mise à nu. Si on craint cette mise à nu, on peut rater son œuvre.

L.N : Après la publication de ce roman qui arrache quelque chose d’intime à la vie de l’auteur, comment vous vous êtes senti ? Le poids du regard de l’autre…

G.V. : Le regard de l’autre ne doit pas avoir de poids sur l’écrivain. Ce qui compte, c’est son œuvre. L’œuvre quelque part est plus importante que l’auteur. C’est la relation du lecteur avec l’œuvre qui compte. Ensuite, ce qu’il pense en bien ou en mal de l’auteur n’a pas trop d’importance.

L.N. : Revenons à la foire. Que direz-vous à celui qui lit maintenant ces lignes pour l’inciter à venir prendre part à cet évènement qui accueille toute une pléiade d’écrivains venus de pays différents ?

G.V. : C’est encore un occasion extraordinaire de rencontrer des auteurs, discuter avec eux, d’acheter des livres à un prix exceptionnel surtout en cette fin d’année où il y a des cadeaux à offrir. Et puis, la vitalité et la qualité de notre littérature font que cela mérite bien le déplacement.


Propos recueillis par Martine Fidèle (Le Nouvelliste)