Une causerie enrichissante sur le métier d’éditeur

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Les éditeurs Philippe Rey, Christophe Philippe Charles et Jean Emmanuel Jacquet

Lors de la quatrième édition de la Foire Internationale du Livre d’Haïti qui s’est tenue au Palais municipal de Delmas les 9, 10 et 11 décembre 2016, la Direction Nationale du Livre, organisatrice de l’événement, a tenu une conférence axée sur le thème “Le métier d’éditeur”. En présence notamment des élèves de la terminale du Lycée Marie Jeanne et du Collège St-Louis Roi de France, les éditeurs français Phillipe Rey, et haïtiens Christophe Philippe Charles des Éditions Choucoune, et Jean Emmanuel Jacquet des Éditions Ruptures, ont permis à ces jeunes élèves de découvrir le métier d’éditeur.

Christophe Phillipe Charles qui dirige les Éditions Choucoune depuis 37 ans a été le premier à prendre la parole. Il a expliqué le bonheur qu’il a toujours ressenti en publiant les auteurs qui étaient dans l’ombre avant de montrer les difficultés qui existent dans ce secteur en Haïti. L’une des plus grandes gloires des éditeurs, c’est de découvrir de nouveaux talents et de les lancer sur le marché littéraire. Cependant, Christophe Philippe Charles a fait remarquer que l’édition en Haïti est rachitique. Certaines éditions arrivent à survivre parce qu’ils ont des sponsors. S’il n’y avait pas cette forme de mécénat, beaucoup de livres allaient rester dans les tiroirs. Il a déploré, par ailleurs, le fait qu’il n’y ait que trois librairies en Haïti alors que durant la période des Duvalier il y en avait plus d’une trentaine. Aujourd’hui, il n’y a même pas de place dans les présentoirs des librairies pour placer un livre en consignation », a-t-il déploré.

L’éditeur français Philippe Rey a abordé dans le même sens. Pour Rey, l’éditeur du romancier Gary Victor, les livres ont beaucoup d’importance dans la vie. « Sans les livres, toute vie est une vie ordinaire. Cette réflexion pourrait être un sujet de philosophie ou de littérature. J’ai réfléchi à cette question et je me suis dit que le livre peut vous faire revivre plusieurs autres vies. » Plus loin, Phillipe Rey a démontré les difficultés du métier. « J’ai créé les Éditions Philippe Rey, il y a 15 ans. Et pour moi, vendre des livres aujourd’hui est un vrai combat. On est en train de faire face à la télévision, aux jeux de vidéo, au téléphone portable. Même quand des milliers d’éditeurs font la même chose chaque jour, je m’aperçois que ce n’est pas la même chose parce que les livres sont différents.»

Pour Jean Emmanuel Jacquet des éditions Ruptures, pour publier un livre il faut qu’il réponde d’abord à des exigences fixées par l’éditeur. « Notre métier n’est pas si facile que cela. C’est un travail qui demande beaucoup de confiance en soi, beaucoup de rigidité. Nous publions les jeunes qui font leurs premières armes. Il suffit que leurs oeuvres soient de qualité. Nous publions aussi de grosses pointures des lettres haïtiennes comme Pierre Clitandre, Gary Victor, Georges Castera, Yanick Lahens. À travers nos quatre collections : L’Enraciné (oeuvres poétiques), L’expérimental (travaux scientifiques), Les fabuleux (oeuvres romanesques) et Le Pathétique (arts de la scène), notre travail est bien accueilli dans le milieu. Nous sommes également intéressés à promouvoir la littérature dans les milieux scolaires », a-t-il souligné.

Le débat a été très enrichissant. Des questions sur la qualité et la présentation des livres, sur l’encadrement des jeunes auteurs, sur le dévouement des éditeurs pour maintenir en vie le secteur du livre, ont été posées. Stéphania Dayana Dor et Tamicha Guerrier du Lycée Marie Jeanne ont retenu après la conférence que le livre peut changer la vie d’une personne.


Par Schultz Laurent Junior (Le National)