Le clin d’oeil de l’invité d’honneur

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Gary Victor, l’invité d’honneur de la FILHA, lors de la réception d’une plaque d’Honneur de la DNL

Après la tenue de la Foire Internationale du Livre d’Haïti (FILHA), au Palais municipal de Delmas, du 9 au 11 décembre 2016, beaucoup d’écrivains, de lecteurs et d’éditeurs, ont salué cette grande aventure autour du livre, tenue par la Direction Nationale du Livre (DNL). Pour Gary Victor, l’invité d’honneur, l’évènement va s’améliorant. Cependant, l’écrivain déplore plusieurs situations, dont l’absence de plusieurs opérateurs importants du secteur, se réclamant proches des jeunes et qui, pourtant, ont boudé cette grande initiative de promotion du livre et de la lecture en Haïti.

Le premier constat fait par Gary Victor est la forte participation d’un public jeune et très intéressé au livre. Ce qui vient de soulever pour une énième fois le problème du prix et de la circulation des livres. « Dès qu’on baisse le prix du livre, les jeunes défileront pour se le procurer », a signalé le romancier qui croit définitivement obligatoire qu’il y ait plus d’activités bien organisées pouvant apporter le livre aux jeunes. Les gens, selon lui, ne se rendent pas vraiment en librairie. Deux ou trois librairies seulement à Port-au- Prince. Il y a aussi un problème de coût. Pour compenser tout cela, il faut donc bien organiser et proposer des politiques de proximité entre les auteurs et les lecteurs, ce qui pourra augmenter les intérêts du public pour le livre.

Le plus grave problème dans tout cela, c’est le système de clans inutile au développement de la chaine du livre. Gary Victor continue de déplorer qu’une activité ait de l’ampleur à partir du groupe qui l’organise, en dépit de la valeur ou non de cette initiative. « Il y a toujours ce problème de monopole qui se pose à tous les niveaux dans ce pays. Monopole au niveau de la culture, de l’économie. Toujours une question de caste et de clan », a relaté l’écrivain qui croit que l’équation devrait être plus simple. Dès qu’il s’agit d’une activité de qualité, tout le monde devrait y prendre part. « Ici, en Haïti, on cherche plus à savoir qui organise, mais jamais ce qu’on organise vraiment. Il faut que cela change. On ne peut pas demeurer avec cette mentalité dégradante ».

« L’intérêt augmente de plus en plus auprès des gens pour la FILHA. Ça prend généralement du temps pour installer une initiative de ce genre, d’autant plus que c’est la DNL, une institution publique, différent du secteur de “Livres en folie”. Mais, cette 4e édition est une grande réussite, un grand public, très convivial, a fait le déplacement », a poursuivi le romancier, tout en rappelant notamment l’importance des activités de vente des éditions et des stands.

La plupart des jeunes, ainsi que les adultes, qui ont rencontré l’invité d’honneur dans le cadre de la FILHA, ont exprimé leur émerveillement des sujets traités par Gary Victor dans ses livres. Le lieu de l’écriture demeure pour eux sensible et d’une grande capacité de jugement de l’écrivain. Certains ont été étonnés que le romancier ait avec autant de tact concouru à des éléments de l’ordinaire et du quotidien, des éléments de leurs propres lieux, de leurs propres vécus, pour construire son oeuvre. Les livres de Gary Victor leur permettent d’avoir une nouvelle lecture de leur propre environnement ou réalité quotidienne.

C’est difficile pour l’écrivain de connaître le livre le plus signé, tant les demandes sont diversifiées. Les lecteurs ont accouru vers les nouveaux livres de Gary Victor comme « Hérodiane, le sang et la mer », ou « Max ! Max ! Max ! », un collectif avec les jeunes lauréats du concours national de nouvelles de l’Association des Professeurs de Français (APROPH), ou d’anciens livres repris ou pas comme « Nouvelles interdites », « Un octobre d’Elyaniz », « Albert Buron ». Cela prouve qu’un livre est toujours d’actualité. « Il y a de préférence de nouveaux lecteurs », croit Gary Victor.

« La FILHA a beaucoup d’avenir, à condition que, au niveau de la DNL, il continue d’exister une équipe dynamique qui puisse maintenir l’activité. Cependant, ce que je trouve choquant, c’est l’absence à cette foire du livre, du ministre de la Culture ou d’un représentant. Que fait donc ce ministère ? » Déplore Gary Victor. Pour le romancier, la Foire internationale du Livre est le seul événement majeur organisé par le ministère, à travers la DNL.

Tout en félicitant le Directeur de la Direction Nationale du Livre, Frantz Carly Jean Michel pour la tenue de cette activité, Gary Victor a salué la diversité de la programmation de cette 4e édition. « J’ai déjà participé à plusieurs salons à l’étranger; la FILHA n’a rien à envier à ce qu’on fait là-bas.»

En effet, au Palais municipal de Delmas, les gens pouvaient voir et toucher le livre avant de les acheter, sans compter les conférences pendant les trois jours, les activités de conte, la prestation de Foula, un grand rendez-vous culturel salué par les nombreux participants haïtiens et étrangers et les centaines d’écoles de la capitale et de la province.


Par Schultz Laurent Junior (Le National)