FILHA, le carrefour des gens de lettres

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Gary Victor en signature

Ce vendredi 9 décembre, la Direction nationale du livre (DNL) a lancé la quatrième édition de la Foire internationale du livre d’Haïti (FILHA) sur le thème « La littérature enfantine». Tenue au local du palais municipal de Delmas jusqu’au dimanche 11 décembre, la FILHA a offert à son public un vin livresque où l’écrivain haïtien Gary Victor et l’édition Philippe Rey étaient les invités d’honneur. Jeunes et vieux s’étaient retrouvés une fois encore pour le plaisir de l’intellect.

Devant le palais municipal de Delmas, les voitures s’alignaient, notamment des bus scolaires. La foule qui s’était amassée dans la cour montrait déjà son engouement. Un public de jeunes a répondu au rendez-vous. Ils sont pour la plupart des écoliers, regroupés à l’entrée ou éparpillés sur la cour, pour acheter autant de livres que de victuailles. Avec eux, amants du livre, enseignants, écrivains, artistes de toutes les tendances. Plusieurs maisons d’édition avaient également répondu à l’appel: Mémoire d’encrier, Maison Henri Deschamps, C3 Éditions, Éditions de l’Université d’État d’Haïti, Les Ateliers Jeudi Soir, Université Caribe (CUC), Philippe Rey et bien d’autres encore.

Elles étaient près d’une douzaine, soucieuses, à leur manière, de faire valoir la littérature haïtienne, plus spécifiquement la littérature jeunesse. On pouvait facilement retrouver des écrits en créole : livres jeunesse, essais, livres académiques, d’enseignement supérieur, romans ont fait la joie des acheteurs. Jocelyne Trouillot, membre de l’Académie créole (AKA) et responsable de l’édition de l’Université Caraïbe (CUC) a déclaré : « On y participe depuis la première édition et FILHA progresse d’année en année. Malgré que le thème de la littérature enfantine pour cette année ne soit pas totalement à l’honneur, ceci n’empêche pas une affluence de jeunes. Ce qui nous porte à participer à ce genre de foire, c’est de faire savoir que, oui, il y a des gens qui publient en créole et qu’on valorise leur texte. Face à ce grand public de jeunes, on peut s’attendre maintenant à ce que les gens achètent de plus en plus haïtien et cela fait plaisir. »

Alors que certains se cherchaient de bons livres, se déroulait dans une salle bien aérée une autre partie de la programmation : des conférences débats avec certains écrivains en signature. La première fut celle d’Inema Jeudi, auteur de « Gouyad Legede ». Le poète s’était entretenu sur l’esthétique de l’échec. Les jeunes devant lui, ébahis et curieux, apprenaient comment la laideur du social dans un sens pouvait donner le plus beau des œuvres. Une œuvre qui parle, une œuvre qui secoue l’âme de celui qui écrit et celui qui vit l’œuvre à travers la plume de l’écrivain. La salle remplie s’était tue et la voix d’Inéma la remplissait de quelques vers qui lui venaient comme cela à l’esprit. C’était le jeu d’Inéma.
FILHA a attiré toutes sortes de personnes, anglophones comme francophones. Si, pour certains écrivains, ce fut l’occasion de signer leurs livres pour un public abondant, pour d’autres, ce fut la meilleure occasion pour parler de philosophie et de la vie.

Vers 12 h 30, la salle de conférence réduite à une douzaine de personnes a reçu l’écrivain canadien Nigel Thomas, auteur de « De glace et d’ombre » et « Des vies cassées ». Ce dernier a mis l’accent sur la xénophobie, son impact sur le social. Plus loin dans la journée, pendant que la foule au dehors s’amuse et que les nouveaux arrivants continuent d’acheter des livres, un petit groupe select s’était réuni pour parler philosophie. Le thème du débat : « On n’assassine pas une idée ». Cet entretien avec le responsable de « Café philo», Ralph Jean-Baptiste, fut édifiant pour les jeunes. Il leur a montré, par les mots et les idées, la place du philosophe et de la philosophie dans la société haïtienne.

Les livres, les échanges et les rencontres furent la spécialité même de FILAH. Un bouillon de débats qui édifia tous ceux qui y ont participé. GERALDINE COLIN


Par Géraldine Colin (Le Nouvelliste)