Mégaïna à la recherche de l’auteur en signature

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Élève de philo du collège Côte plage de Carrefour, Mégaïna Monval, 17 ans, arpente les stands au palais municipal de Delmas. Elle cherche l’invité d’honneur, un écrivain qu’elle a souvent lu. À la 4e édition de la Foire internationale du livre d’Haïti (FILAH) de la Direction nationale du Livre (DNL), ce dimanche, elle cherche Gary Victor, un auteur adulé qui bouge constamment. Gary visite ses amis écrivains sous d’autres tentes, intervient dans des conférences dans une salle au fond, à quelques pas de la grande scène où l’écrivaine guadeloupéenne, Marie Léticée, échange avec un public de jeunes.

Mégaïna fait des emplettes, se fait prendre en photo auprès de l’affiche qui met en valeur le prolifique auteur (une trentaine de livres) et le thème choisi par la DNL cette année : « Je lis, je grandis ». Elle prend connaissance de plusieurs structures qui donnent corps à la foire du livre. Elle fait le tour de Kopivit l’Action sociale, Communication plus, Mémoire d’encrier, C3 Éditions, qui abritent des livres sous leurs tentes. Elle y entre et en sort. Elle va voir les rayons des éditions du Canapé-Vert de madame Franck Paul, Éditons Choucoune de Christophe Philipe Charles, l’Atelier Jeudi soir. Elle fait plusieurs escales sous les tentes des éditions Konbit, Beljwèt, éditions Zemès, éditions CUC. Elle s’étonne de découvrir autant d’éditions dans un même espace : Solèy Pa nou, éditions Fardin, éditions de l’Université d’État d’Haïti, édition Ruptures, Maison Henri Deschamps. Cette dernière est aussi visitée pour ses livres jeunesse.

Vêtue de l’uniforme de son école, sachets de livres en main, elle rencontre des écrivains et leur pose des questions. Elle tombe en admiration devant Margaret Papillon qui a bercé son enfance. Sur une trentaine de livres de cette auteure qui vit aux États-Unis, elle a lu La légende de Quisqueya, L’île mystérieuse du capitaine Morgan, Sortilège au carnaval de Jacmel, Le trésor de la citadelle Laferrière. Elle salive devant le dernier livre de Margaret, « Voodoomood », un recueil de nouvelles qui recèle des histoires étranges.

L’élève de philo qui ne démord pas de lire Lyonel et Évelyne Trouillot découvre Jocelyne Trouillot en train de signer des livres. Elle réalise soudain que l’écriture est dans la nature des Trouillot. « Qu’est-ce qu’elle dit ? », demande Évelyne, la main en cornet. « L’écriture est dans la nature des Trouillot », reprend l’adolescente. L’auteure de livres jeunesse, fait comprendre à l’élève qu’il n’y a pas une gêne de l’écriture chez quiconque. Les Trouillot cultivent cet art. Elle voudrait bien planter une graine dans le terreau de la littérature. Pour le moment, elle aime bien s’adonner à la lecture.

L’autobus qui a amené une cinquantaine d’élèves du collège Côte-Plage doit partir. Un va-et-vient bigarré d’uniformes se fait sur la vaste cour longée des deux côtés par des tentes. Les camarades de Gaïna viennent la chercher. Celle-ci leur dit résolument qu’elle doit rencontrer l’écrivain à l’honneur. On l’emmène. Elle découvre Gary Victor assis sur un fauteuil, la tête penchée en avant, signant un livre. Des lecteurs, en rang, livres en main, attendent l’autographe de l’auteur.

Quand on dit à Gary Victor que cette adolescente l’a cherché, il lui fait une place dans le canapé où sont assises d’autres personnes. Gaïna saisit l’occasion et se glisse très facilement dans la peau d’une journaliste. Elle pose des questions et l’auteur se prête à ce jeu.

Pour Mégaïna Monval, c’est le plus beau jour de sa vie. À 17 ans, elle a rencontré et interviewé un auteur qu’elle aime et qui est très médiatisé dans son pays.


Par Claude Bernard Sérant (Le Nouvelliste)