Legs pour 2017

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Une affiche de la DNL annonçant la FILHA 2016

2016 nous a laissé l’eau à la bouche, avec, malgré un contexte sociopolitique difficile marqué par d’interminables élections, une programmation culturelle de belle envergure. Entre des festivals, des spectacles, des rencontres, des conférences, le secteur culturel ne s’est pas effondré, car il a tenu haut le flambeau contre un secteur politique envahissant, qui influence tous les autres. Fort de tout cela, que peut-on sauver, reprendre ou revendre en 2017 ?

Quatre chemins
Le festival Quatre Chemins a retenu son souffle. Une programmation plus osée que d’ordinaire, avec une emphase sur les relations d’abord haïtiano- dominicaines, mais surtout celles qui font des peuples caribéens, des peuples frères et amis. Aussi, des spectacles qui représentent fort bien la modernité théâtrale, avec des ouvertures sur tous les théâtres du monde, du Belge au cirque de marionnettes japonaises.

Rencontre des musiques du monde
Ce festival a réuni un nombre inespéré de spectateurs avec ses cinq concerts à l’Institut français d’Haïti (IFH). L’évènement a proposé des groupes de musique issus de divers endroits. On retient notamment les prestations de la Cap-Verdienne Elida Almeida, du saxophoniste belge Pierre Vaiana, des chanteuses haïtiennes, Tamara Suffren, et dominicaine, Xiomara Fortuna, du malien Habib Koité, ou encore du violoniste haitianoaméricain, Daniel Bernard Roumain qui était accompagné de la pianiste japonaise, Yayoi Ikawa. Tous, avec des performances extraordinaires.

Étonnants voyageurs
Ce festival artistico-littéraire d’envergure internationale, déroulé sur plusieurs espaces à la fin de l’année, a le mérite de permettre au secteur de discuter de la vie, de l’actualité quotidienne, d’éléments universels. Tenu autour du thème : la construction de soi, le festival Etonnants voyageurs est déjà plus d’une quarantaine de rencontres, de débats et de projections, avec la participation d’une cinquantaine d’écrivains et de réalisateurs haïtiens et étrangers. Pour son nom (Festival international du livre et du film de Saint-Malo), la version Étonnants voyageurs Haïti codirigée par Michel Lebris, Lyonel Trouillot et Dany Laferrière, a réussi à combiner le livre et le film avec des commentaires et échanges du public avec les réalisateurs et les écrivains.

Livres en folie
C’est la foire la plus populaire, d’abord pour le nombre de gens qu’elle rassemble sur un seul lieu, ensuite pour ce qu’elle contient en termes d’évènements (grande mobilisation d’écrivains, d’acteurs de la chaine du livre et de lecteurs). C’est l’un des évènements, avec la FILHA, qui contribuent le plus à la production livresque ici, en Haïti. Elle se passe de présentation.

Le Festival de Jazz de Port-au- Prince
Avec une 10e édition, ce festival est la plateforme de performances musicales tant attendues des fans de jazz. Au début de 2016, il a encore tenu sa promesse avec des affiches inédites et une ambiance originale. Plus d’une trentaine de prestations d’artistes de grande renommée, de renommée mondiale même. Le Canada, les États-Unis, la Belgique, le Chili, la France, l’Allemagne, le Mexique, l’Espagne, le Japon, la Suisse, ont été représentés aux côtés d’artistes de jazz haïtiens, tels que Réginald Policard, John Bern Thomas, Claude Carré, Pauline Jean, Jean Caze, Mushy Widmaier.

Massimadi Haïti
C’est peut-être le plus populaire de tous, puisqu’il a mobilisé l’opinion, suscité des débats, soulevé une vive polémique dans les milieux socioculturels. C’est aussi l’un des moins réussis en 2016. Les organisateurs ont fait un coup de maitre. Son interruption par une certaine classe, notamment par l’État, a fait du festival des films et des arts LGBTI et afro-caribéens, Massimadi, le festival qui a marqué, le plus, la pensée des Haïtiens.

Kont anba tonèl
Sept éditions de « Kont Anba Tonèl ». Ce festival tient son rythme : réunir du monde autour du conte. Conter aux jeunes et aux adultes ayant perdu l’art et la tradition du conte. Avec un thème évocateur « Conter pour réécrire ma ville », ce festival interculturel de contes a, en effet, rassemblé de grandes personnalités du conte venues d’Haïti et de l’étranger. Les conteurs haïtiens Rose-Esther Guignard, James Fleurissaint, Williamson Belfort, Joseph Dérilon Fils Dérilus, Johnny Zéphirin, Paula C. Péan, les Martiniquais DD Duguet, et français Olivier Suppot, Richard Petitsigne, ont, soit conté, soit animé des ateliers pour enfants et adultes, autour du conte.

FILHA
Avec un certain art de faire qui surprend pas mal, Frantz Carly Jean Michel a su imposer un festival du livre qui tient bien, à côté de la grande tradition de Livres en folie. Quatre éditions qui vont de mieux en mieux, avec notamment un format salon qui n’a rien à envier aux traditionnels salons internationaux d’Europe ou d’Amérique du Nord. Un rabais vertigineux permettant aux parents et aux enfants de faire le plein de livres pour toute l’année. Absolument fondamentale, la perpétuation d’un tel évènement pour le livre et le développement de la jeunesse d’Haïti!

Libérez la Parole
Ce festival est devenu presque incontournable, malgré une médiatisation moindre. Il offre un moment de convivialité entre intervenants et public pour discuter de littérature et défendre la liberté d’expression. Avec plus d’une quinzaine d’intervenants, le festival Libérez la Parole laisse parfois la capitale, Portau- Prince, pour aller à la rencontre d’un public de province. Organisé par le centre Pen-Haïti, le festival a conquis en 2016, Gonaïves et ses environs, tout en restant à Port-au- Prince, où plusieurs intervenants ont réagi autour des « Libertés numériques ».

Nègès mawon
Les féministes haïtiens ont réussi à imposer leurs propres évènements, avec leurs propres idéologies et leurs propres définitions du féminisme. Avec des images, des affiches, des discussions à cercle fermé, une façon de faire qui demeure inédite. Les féministes ont ainsi utilisé l’art et la culture pour continuer leur plaidoyer en faveur des rapports équitables entre les femmes et les hommes dans la société.
On continuera néanmoins à parler du mois du créole organisé par l’Akademi Kreyòl Ayisyen, ou de celui tenu par KEPKAA ; d’Artisanat en fête, de l’Atelier Marie vieux Chauvet animé par le professeur Marc Exavier, du Marathon de lecture, du festival Mèt Lawouze à Petit-Goave, du festival national de poésie de Jérémie interrompu par l’ouragan Matthew, de la Nuit blanche tenue sous la direction de Giscard Bouchotte, du festival En lisant, du festival Théâtrophilie. On ne pourra pas oublier non plus la commémoration des 70 ans des Cinq Glorieuses, la Fête de la musique, la Nuit des idées, le 1er festival du film francophone, du carnaval national et de celui de Jacmel qu’on a encore du mal à exploiter.


Par Jean Emmanuel Jacquet (Le National)